Une interview de Tafita avec Aïna, Enfance & Avenir.

Fita est un adolescent qui a été accueilli au sein de l’association en décembre 2008. Fita et ses frères ont eu une vie très difficile : pauvreté permanente, vie dans les champs, insécurité, absence de soins et de scolarisation. Leur père les a abandonnés, et leur mère est décédée. Il a grandi à l’orphelinat de Malaza, puis à la Maison des jeunes à Antanandrano. Actuellement, Fita est étudiant et il vit avec deux autres universitaires du Village à Anjanahary depuis l’obtention de son baccalauréat. A travers l’interview qui suit, nous vous proposons de faire plus ample connaissance avec lui. Merci à Fita pour son témoignage.

AE&A : Fita, raconte-nous ton histoire avant Aïna Enfance & Avenir.
Avant, moi et mon frère Faly n’avons pas eu accès à l’éducation. Du coup, notre famille a essayé de trouvé un moyen ; c’est là que nous avons découvert Aïna grâce au tribunal. Le Centre venait juste d’ouvrir ses portes. A ce moment-là on nous a installés au Centre d’accueil Malaza. Le premier changement dans notre vie a été l’insertion à l’école puis d’autres changements se sont succédés, comme par exemple la prise en charge de notre santé. Personnellement, je tombe rarement malade, mais je me rappelle la fois où j’ai eu une opération, l’association a payé tous les frais d’hospitalisation.

AE&A : En ce moment, comment va la vie pour toi ?
Actuellement, j’habite à Anjanahary avec Manda et Patrick – les universitaires du Village. J’ai déménagé depuis que j’ai eu mon BACC, en 2018. Tout se passe très bien pour nous.

AE&A : Tu as choisi la filière Tourisme pour tes études. Peux-tu nous expliquer les raisons de ton choix ?
Effectivement, j’étudie actuellement à l’Université INTH, en niveau L3 dans la filière Tourisme.
Auparavant, chaque mois, nous visitons des sites historiques dans la région. Mon intérêt pour le tourisme a débuté pendant ces visites. De plus, les récits de Monsieur Henri m’ont beaucoup inspiré.  Monsieur Henri fait partie de l’association Aïna depuis sa création. Il travaille comme transporteur de touristes avec des voitures de location. Parfois, il vient faire une visite périodique chez les enfants bénéficiaires. Durant ses visites, il raconte ses voyages et la beauté de la Grande Ile. Ces récits ont particulièrement attiré mon attention. En l’écoutant, je me suis dit qu’un jour, j’irais visiter ces lieux moi aussi, et en faire un métier.

AE&A : En ce moment, où en es-tu dans tes études ?
J’ai particulièrement choisi l’option ‘Tourisme durable’. On peut dire que presque tous les modules sont plus ou moins compliqués, mais je fais de mon mieux, car j’ai choisi cette voie pour des raisons précises. En fait, le tourisme durable est un tourisme qui tient pleinement compte de la préservation de l’environnement. De plus, cette option offre plusieurs débouchés, plus que l’entreprenariat.
Actuellement, je suis en niveau L3, je travaille sur mon mémoire de fin d’études pour le diplôme de Licence. D’ailleurs, au mois de juin, j’ai effectué une sortie avec un responsable du Centre, dans ma ville natale en vue de recueillir des informations pour mon mémoire. La visite a duré 4 jours, nous avons visité des lieux touristiques dans la province de Fianarantsoa, comme Manakara, Ambalavao, Ambohimahamasia et Ambondrombe. J’ai également fait une enquête auprès de la population locale. C’était très fructueux.

AE&A : Qu’est-ce qui t’a marqué le plus durant ton parcours ?
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la visite de Tsingy de Bemaraha. J’ai entendu parler de ce site touristique, j’ai rêvé d’y passer et quand j’étais en L1, ce rêve a été réalisé. Cela m’a ému.

AE&A : En ce qui concerne ton stage chez Escapades Madagascar, comment cela s’est passé ?
En effet, j’ai fait un stage chez Escapades Madagascar en août 2019. C’est un acteur touristique, en tant qu’agence de voyage et de tour-opérateur ; ce stage m’a permis de pratiquer les cours théoriques et d’avoir de l’expérience dans les travaux au bureau. Miora  – une responsable chez Escapades – et son équipe m’ont accueilli chaleureusement. Elle m’a toujours encouragé en me disant :  » Tout le monde passe par cette étape avant d’avoir un bon travail, n’hésite pas à me demander si quelque chose te tracasse. »
L’équipe m’a aussi dit que je suis toujours le bienvenu dans l’entreprise. Parfois, il me demande même pourquoi je ne suis pas passé les voir. Il y a eu un moment où je venais de temps en temps là-bas, mais maintenant, je suis un peu occupé par mes études. C’était une belle expérience.

Avis de Domoina, une responsable chez Escapades Madagascar sur Fita :
« Durant son stage, Tafita était sérieux et impliqué ; étant donné que c’était un stage d’observation et d’application, il a bien pris le temps pour s’adapter au bureau, avec une équipe 100% filles. Sur terrain avec le feed-back de l’un de nos chauffeurs-guide qui l’a formé lors d’un circuit avec nos voyageurs : au début, il était un peu timide avec une prise de distance, mais après 4 jours il s’est inclus avec les clients et s’est plus investi, il a expérimenté seul une balade avec les voyageurs, une belle prise d’initiative au fil du voyage. Aussi, il a une bonne entente et adaptation avec l’accompagnateur et les clients. Nous trouvons qu’il a son avenir dans le domaine du Tourisme : comme tout le monde, il aura besoin de plus d’expériences pour pouvoir exercer le métier d’accompagnateur de voyage. Sa connaissance sur Madagascar devrait être améliorée et approfondie au fil du temps ».

AE&A : Quel est ton projet de vie après les études ?
Pour le moment, après cette année académique, qui sera bientôt terminée dans un mois, j’aimerais perfectionner mon niveau linguistique : tout particulièrement, en anglais et en allemand. Je vais également chercher des petits boulots pour avoir quelques expériences parce que je n’ai pas encore tous les critères pour devenir guide touristique.

AE&A : As-tu un message à faire passer, surtout pour les enfants du Centre, qui veulent aussi faire carrière dans le tourisme ?
Oui, j’aimerais faire passer des messages.
Premièrement, je tiens à adresser ma gratitude à tous les responsables au sein de l’association, dans toute la hiérarchie. Je remercie spécialement le directeur régional à Madagascar, pour tous ses appuis, et Mme Nataly pour ses décisions, surtout pour la réalisation de mon mémoire à l’Université.
Deuxièmement, pour les enfants chez Aïna qui veulent travailler dans le tourisme, vous pouvez très bien vous spécialiser dans ce domaine ; par contre, par rapport à cette pandémie, je pense que le tourisme à Madagascar ne pourra pas prospérer avant les dix ans à venir. Cependant, je vous conseille de ne jamais négliger, ne serait-ce qu’une matière ; par exemple, vous excellez en anglais, alors vous négligez l’allemand, ne faites pas cela.